Les gens ne peuvent pas compter uniquement sur leurs gouvernements pour les nourrir.

Paul Verschuren a longtemps travaillé pour la multinationale anglo-néerlandaise Unilever, avant d’être nommé en 2012 conseiller en sécurité alimentaire auprès du ministère des Affaires étrangères à La Haye. De son point de vue, les Journées européennes de développement (JED), auxquelles il a participé les 16 et 17 octobre, sont une “plateforme importante pour élaborer des solutions”.

Principal objectif: trouver des partenaires capables d’élaborer des solutions efficaces, sur le terrain, parce que les “solutions ne peuvent venir que d’un collectif de partenaires” – une façon de penser habituelle aux Pays-Bas, où les négociations et les compromis permanents entre partenaires sociaux ont valu au royaume le surnom de “modèle de polders”.

La mission principale de Paul Verschuren consiste à apporter son savoir-faire au gouvernement pour travailler à une ouverture des politiques de développement vers des partenariats avec le secteur privé. “Les gens ne peuvent pas compter uniquement sur leurs gouvernements pour les nourrir. Ils vont devoir acheter de meilleurs aliments. Unilever fait des recherches sur les aliments et la santé. Nous devons combiner les objectifs sociaux et économiques. Le développement doit passer par des partenariats, un mouvement collectif qu’il faut stimuler.”

Pour cet expert, toute la question porte sur l’impact local de l’aide au développement, plutôt que les niveaux financiers impliqués. Les Pays-Bas ont longtemps fait figure de bailleur de fonds exemplaire, avec d’autres pays scandinaves, ayant consacré 0,8% de leur PIB à l’aide publique au développement (APD) en 2010, avant les restrictions budgétaires qui vont voir passer ce niveau à moins de 0,7% du PIB en 2013. “Nous avons besoin de fonds, mais avoir un pourcentage précis du PIB consacré à l’aide est difficile par temps de récession. La question, c’est ce que nous voulons faire dans les années à venir… Si les pays en développement se portent bien, nous nous portons bien. C’est important. On ne peut pas avoir de business sain dans des sociétés qui ne sont pas saines. Nous recherchons une situation de “win-win-win”, pour les gouvernements, pour le secteur privé et les populations.”

Parmi les initiatives citées par Paul Verschuren figure le projet “Amsterdam contre la malnutrition” (AIM). Un programme ambitieux lancée en mai 2009, auquel participent le gouvernement, de grandes entreprises comme Azko Nobel et Unilever, ainsi que l’université néerlandaise de Wageningen et plusieurs ONG. L’objectif: améliorer la nutrition de 100 millions de personnes en Afrique, d’ici 2015. L’initiative se concentre sur six pays : le Kenya, la Tanzanie, l’Afrique du Sud, l’Ethiopie, le Ghana et le Mozambique. “Elle n’ira sans doute pas sans problèmes, mais si elle fonctionne, elle sera exemplaire pour d’autres gouvernements dans le monde”, note l’expert néerlandais.